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- HISTOIRE DE L'ASSOCIATION A.T.S.O. D'AUMETZ DE 1926 A 1986
(Note du Webmestre : Ce texte a été écrit à loccasion du 60ième anniversaire de lassociation en 1986. Vu le passage au 21ième siècle, il y a eu nécessité dadapter quelques adjectifs tel que " siècle dernier ", " au début de ce siècle " e.t.c.) Cependant la situation géopolitique de l'époque est respectée. Bonne lecture à tous!
A partir de 1880, la région lorraine connut un formidable développement.
L'exploitation des mines et usines sidérurgiques nécessitait un important apport de main-d'oeuvre que la région lorraine à elle seule ne pouvait fournir.
Au départ, l'apport de travailleurs venus de Sarre, du Luxembourg et de Belgique était suffisant mais, à la fin du siècle, les maîtres de forges furent contraints de rechercher et prospecter au-delà des frontières proches.
Plusieurs millions de travailleurs venus de divers horizons de l'Europe ont contribué pendant près d'un siècle à l'essor de notre région et, parmi ceux-ci, les Slovènes.
Les Slovènes ne se retrouvent dans aucune statistique. Venus à des périodes différentes, ils sont enregistrés sous diverses nationalités: autrichienne, italienne yougoslave. Ils ont surtout été employés dans les mines.
A l'approche du soixantième anniversaire de notre Association (en 1986 n.d.r.), nous nous sommes rendus compte que notre organisation est encore la seule existante dans tout le bassin ferrifère. Nous avons pensé quil était de notre devoir d'essayer de relater son histoire et par là, celle des quelques 5000 Slovènes qui ont travaillé à AUMETZ et dans les exploitations du bassin ferrifère lorrain.
Cette brochure n'a aucune prétention littéraire, nous allons, par ces quelques pages, essayer de vous donner une image de la vie des personnes et de décrire sommairement le contexte dans lequel il a été vécu.
A l'époque, il n'y avait pas de samedis libres, ni de congés; il nous semble extraordinaire, de nos jours, que les gens aient pu avoir autant d'activités: après le très pénible travail de la mine et le travail aux champs, avoir encore la volonté et la force de se rendre aux répétitions, aux cours du soir, de faire du chant, de la musique, du théâtre et des opérettes...
Lorsque l'on voit la difficulté que nous rencontrons aujourd'hui à mobiliser les personnes, nous pensons qu'il serait bon de nous souvenir de nos anciens et de tous ceux dont les sacrifices désintéressés ont permis à notre Association de traverser ces 60 ( 78 en 2004 n.d.r.) années d'existence.
Tout au long de cette période, ces centaines de personnes ont sacrifié bénévolement des milliers d'heures pour essayer de maintenir une partie de notre héritage culturel. Grâce à ce constant dévouement, notre Association a acquis une réputation de sérieux et sa bonne organisation est souvent citée en exemple.
Par ces quelques lignes, je tiens à remercier tous ceux et toutes celles qui, par leur contribution, ont permis la réalisation de cette brochure. Cet ouvrage doit nous survivre et laisser un témoignage aux générations futures.
Toni PISLAR,
Président.
L'ÉMIGRATION SLOVÈNE A L'ÉTRANGER
Pour le territoire ethnique slovène, l'émigration continuelle représente un problème crucial, une partie de l'accroissement naturel de la population quitte définitivement le sol natal, se déplace et s'assimile aux milieux étrangers. Selon les données à notre disposition, il y aurait dans les différents pays d'Europe, dans les deux Amériques et en Australie, plus de 500000 Slovènes de tout âge, donc plusieurs générations. A ce chiffre il faut ajouter environ 100000 Slovènes qui quittèrent leur pays après la dernière guerre pour travailler temporairement dans les pays industrialisés de l Europe Occidentale pour se spécialiser ou travailler outre-mer. Il n'est donc pas surprenant que pratiquement chaque famille slovène ait à l'étranger un parent proche ou lointain, avec lequel elle correspond ou échange des visites. Certains estiment que plus d'un cinquième (20%) de Slovènes vit hors des frontières du territoire ethnique et entretient des liens plus ou moins réguliers avec leur patrie.
Il y a deux cents ans (1781), Valentin VODNIK publia dans son recueil "Pisanice.. (Écrits) un poème intitulé "Le Carnolien content" qui, à l'époque, concernait tous les Slovènes
" Pourquoi parcourir le monde
Ici je gagne mon pain
Au diable tout le reste. "
En réalité, la vie n'était pas si rose, le Slovène vivait modestement de l'agriculture, de la viticulture, des alpages, de l'élevage du bétail, des hauts-fourneaux et forges, du commerce, de l'artisanat, des transports, des marchés et aussi de la mort.
L'émigration importante, notamment vers les États-Unis, commença au milieu du 19ième siècle, depuis l'année 1870 jusqu'à la première guerre mondiale. La crise économique força le Slovène à partir à la recherche de son pain quotidien. A l'époque de la domination austro-hongroise, le territoire ethnique slovène se divisait en cinq provinces; à lexception de la Carniole, leurs centres économiques étaient situés aux confins des régions habitées par les Slovènes. Par conséquent, l'initiative économique jusqu'à la première guerre mondiale incombait à la population non slovène qui augmentait rapidement en nombre dans les régions frontalières.
Dans la période 1880-1910, le nombre de Slovènes sur le territoire ethnique s'accrut de 10 %, celui de la population parlant allemand de 38,4 % et celui de la population italienne de 27 %. La propriété agricole était non seulement parcellisée mais elle dépassait rarement 10 hectares de terre cultivable. La plupart des fermes possédaient moins de 5 hectares. La population rurale augmentait rapidement, ce qui diminuait les possibilités de gagner sa vie dans son village. L'endettement des paysans s'aggravait davantage après l'impôt foncier (zemljiska odveza), conséquence de la révolution de 1848.
Le chemin de fer du sud relia toutes les provinces slovènes à la mer dans les années soixante du 19ième siècle et permit d'industrialiser les centres de provinces; il provoque le déclin de l'artisanat à domicile et donne un coup mortel au charroi slovène.
Jusqu'à la première guerre mondiale, plus de 300000 Slovènes partiront à l'étranger, ce qui représente plus de la moitié de la croissance démographique (nar, prirastek). En Europe, à la même époque, le taux d'émigration fut de 1,5 % alors qu'en Slovénie le coefficient d'émigration était de 3,5 %, donc plus du double.
L'émigration devint alors un douloureux et sérieux problème national qui menaçait pratiquement tout Slovène et de ce fait l'existence nationale. Les Slovènes ne progressaient plus; ils se trouvaient, en outre, sous la menace de deux, sinon trois, voisins impérialistes. Ce sont ces conditions qui se trouvèrent confrontées au calvaire de la 2ième guerre mondiale. C'est cette douleur nationale, cette crainte, cette impuissance, que véhicule en lui le poète Oton ZUPANCIC comme un sentiment qui le ronge et qu'il exprime dans ses inoubliables vers de "Duma", poème épique:
"Où est-tu, ô patrie?
Dans ces champs?
Sous le Triglav,
derrière les Alpes Carinthiennes?
Près des hauts fourneaux
ou dans les mines?
Ici?
Outre-mer?
Où sont tes frontières? "
Après le ravage de la guerre 1914-1919, la population slovène se libéra de la domination austro-hongroise mais les courants migratoires continuaient à exister quoique plus faibles; les plus forts furent orientés vers le Canada, l'Amérique du Sud et les pays de l'Europe Occidentale. Dans les années vingt du 20ième siècle, le nombre d'émigrés slovènes vers le nord de la France, la Belgique et l'Allemagne allait croissant.
Pendant le dernier siècle, le peuple slovène bâtissait avec abgégation et dévouement son patrimoine, son édifice spirituel commun, perfectionnait sa langue maternelle, cultivait l'amour de la patrie et vénérait sa culture. A la fin du 20ième siècle, il se retrouve au stade où il est menacé de disparaître par manque de ressources.
Dans la lutte pour assurer leur subsistance, des milliers et des milliers de Slovènes furent obligés de renoncer à leur langue et à leur culture.
La douleur éprouvée fut au fond celle du déchirement. Le spirituel et le matériel de la vie se trouvaient en opposition. L'un - aussi indispensable que l'autre - n'était possible qu'au détriment de l'autre sans possibilité aucune de joindre ces deux composantes pour en faire un tout.
Le Nord, le Nord-est de la France, le Limbourg au Benelux, sont en fait de rares régions d'émigration en Europe où s'est organisée une vie culturelle slovène qui s'est préservée depuis la période d'entre les deux guerres à nos jours. Les 20000 Slovènes de ces deux régions sont organisés en six associations en France et cinq associations d'émigrés au Limbourg. En Lorraine, au carrefour d'importantes voies d'Europe, l'Association des Travailleurs Slovènes d'Origine (A. T. S. O.) d' AUMETZ représente un îlot slovène solide, fondé au début du dernier siècle. Leurs enfants forment déjà la quatrième génération qui, un jour peut-être, se posera la même question que se posent tant de descendants slovènes dans le monde entier: qui sommes-nous, où allons-nous?
Avec le sang, nous recevons en héritage les mêmes propriétés physiologiques, les gènes; avec la langue, nous recevons ce qui représente la culture spirituelle. C'est ainsi que naît le caractère spécifique physico spirituel de la nation. Il se manifeste par la manière particulière de penser et de sentir: dans les coutumes, la poésie, l'art et l'artisanat, bref, dans la culture toute entière.
A un certain moment, le lien avec la langue maternelle commence à se déchirer la langue de la nouvelle communauté s'introduit progressivement et la remplace. Plus la conscience de la génération est forte, plus la nostalgie est forte, plus le mal du pays avec tout le rattachement aux racines est fort. Plus la conscience de la génération est faible, plus la nostalgie est faible, plus l'assimilation totale sera rapide.
Dorica Makuc
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© 2004 Fernand Kridel
Site réalisé en mémoire de mon père, mineur de fer accidenté
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